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Toulouse : la crainte de l’expulsion

Vidéo Manifestation Contre les Expulsions à Toulouse

Le DAL interpelle la préfecture.

Toulouse : Près d’une cinquantaine de personnes (voir vidéo) se sont rassemblées devant la préfecture autour du DAL (Droit au Logement), de la CNL (Confédération nationale du logement) et du réseau Résel. Tous réclamaient l’arrêt des expulsions alors que ce mardi sonnait la fin de la trêve hivernale.

Les revendications sont multiples. Brigitte, du DAL, explique que les expulsions doivent cesser au profit de conciliations, « souvent, les conciliations ont lieu une fois que l’avis d’expulsion a été prononcé, les négociations devraient commencer au premier mois de loyer non payé », explique-t-elle. Ils demandent d’autre part la construction massive de logements sociaux accessibles, « et non pas de logements de catégories supérieure que les personnes qui touchent des minima sociaux ne peuvent s’offrir », ajoute Brigitte.

En Haute-Garonne, 283 personnes reconnues prioritaires dans le cadre du dispositif du Dalo sont actuellement en attente de logement, tandis que près de 2000 logements restent vacants à Toulouse. La préfecture assure qu’une délégation des associations sera reçue cet après-midi.

  • Lolita Rivé

Fin de la trêve hivernale. Ils vivent dans la crainte de l’expulsion.

La fin de la trêve hivernale des expulsions, c’est pour aujourd’hui. A Toulouse, ils sont nombreux à redouter cette période. Et le manque de logements n’arrange rien.

Boubacar en est conscient. Il a une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il sait que dans les prochaines heures, il peut être expulsé de son appartement, situé dans le centre-ville de Toulouse. « Cette situation est insupportable. C’est un vrai stress ! C’est compliqué surtout lorsque vous avez six enfants », explique ce quadragénaire originaire de Guinée.

Boubacar est arrivé en France en 1999 après avoir « traversé l’Afrique caché dans des camions ou des voitures ». Depuis qu’il est dans l’hexagone, Boubacar enchaîne les « petits boulots ou les missions d’intérim ». Actuellement, il est en CDD chez Paprec, un centre de tri des ordures. « En 2008, j’ai été confronté à des difficultés professionnelles. J’ai eu moins de contrats. Du coup, lorsque vous avez de petits revenus, vous avez du mal à joindre les deux bouts. Difficile de payer votre loyer. Et c’est l’engrenage. Les propriétaires vous appellent. Vous essayez de trouver une solution, mais c’est très difficile » !

Boubacar gagne 1100 euros net par mois. « Et pas un euro de plus », confie-t-il. Depuis plus de trois ans, « je paie encore l’addition », explique Boubacar, « tous les mois, je rembourse les impayés à la Banque de France ». A cela, il faut ajouter le loyer de 332 euros pour son petit T3 avec seulement deux chambres, une cusine et un salon. Pour Boubacar, sa femme (sans-emploi) et ses six enfants, « c’est tous les jours le système D », confesse-t-il. Toute la famille vit entassée dans ce petit trois pièces « en attendant mieux ».

Boubacar se lève tous les matins vers 6 heures pour se rendre à son travail. Il doit zigzaguer entre les matelas pour ne pas réveiller son épouse et ses six enfants, dont le plus petit est âgé de 2 ans à peine. « J’espère que ma situation professionnelle va évoluer. L’objectif est d’obtenir un appartement plus grand de manière à vivre dans des conditions plus acceptables. J’ai des papiers et un travail. Il faut qu’on en tienne compte » !

Il manque des logements sociaux.

Depuis 2008, la loi sur le Droit au logement opposable (DALO) oblige l’état à offrir un logement décent à toute personne sans abri ou mal logée qui en est privée, sous peine d’être condamné par la justice à verser des astreintes. Les associations estiment donc « absurde » d’expulser des dizaines de familles pour des difficultés de paiement de loyer, que l’état sera ensuite obligé de reloger.

« Boubacar, c’est l’illustration parfaite », explique Brigitte Dall’Ava, militante du DAL (Droit au logement) à Toulouse. « Cette loi Dalo n’a aucun sens. Pour preuve, nous avons fait un procès à la préfecture car la famille de Boubacar n’avait pas un logement adapté à ses besoins. La justice a dû arbitrer. Nous avons gagné devant le tribunal administratif à Toulouse, mais cette famille attend toujours un logement plus grand ».

La militante ajoute : « Les situations de précarité sont de plus en plus nombreuses. Nous demandons la construction massive de logements sociaux avec des grandes pièces pour accueillir les familles nombreuses ». Aujourd’hui, à Toulouse, entre 12 heures et 14 heures, les militants du droit au logement se rassembleront devant les grilles de la préfecture de région. Ils veulent « alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de la trêve hivernale. Il faut maintenir la pression ».

  • Jean-Wilfrid Forquès (ladepeche.fr)

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