Manifestation contre la loi loppsi 2
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- Habitat précaire : Mobilisation contre la loi Loppsi 2.
Pour Claude Charrier (voir vidéo), président de DAL 49, le projet de loi Loppsi 2 « met en danger et en péril les gens qui ont un habitat précaire, éphémère ou mobile, qu’il soit contraint ou choisi ».
Au moment où les députés examinent en deuxième lecture le projet de loi Loppsi 2 (Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure), un collectif de 55 organisations (associations, partis politiques, syndicats) se mobilise contre d’éventuelles nouvelles dispositions qui concerneraient les occupants d’habitats précaires. Entretien avec Claude Charrier, président de DAL 49 (Droit au logement) qui fait partie du collectif Liberté Égalité Justice.
Le Canard Social : Qu’est-ce qui vous amène, dans le projet de loi Loppsi 2, à dire que « le gouvernement fait la guerre aux mal-lotis » ?
Claude Charrier : C’est un article, le 32 ter A qui met en danger et en péril les gens qui ont un habitat précaire, éphémère ou mobile, qu’il soit contraint ou choisi. Cet article peut concerner les personnes qui vivent en yourte, en camion, en roulotte, en mobile home, même si les personnes sont installées sur le propre terrain. Les habitats de fortune sont visés, mais pas seulement. Cet article de la loi Loppsi 2 pourrait permettre de les expulser et de détruire leur habitat sous 48 heures sur décision du Préfet. Le grand changement, c’est qu’auparavant, c’est un juge qui statuait. Là, on n’est pas dans de la demie mesure : c’est entre les mains du préfet. Si quelqu’un, une situation ou un habitat précaire ne lui convient pas, zou, il balaye tout sans que la personne incriminée puisse plaider sa cause au tribunal ! Depuis le mois de septembre, on se bat là-dessus. On se dit : ce n’est pas possible, les gens ne sont pas au courant alors que ça va à l’encontre des libertés. Si on doit absolument entrer dans un moule pour être tranquille, ce n’est pas possible pour tout le monde. Il faut rappeler que vivre en habitat précaire, ce n’est pas forcément choisi ! Avoir un toit, c’est un droit minimum. Or cet article va à l’encontre de la Constitution. Sauf à dire que dans les droits de l’Homme, il y a le droit de coucher dehors…
Le Canard Social : On sait que le DAL continue de réclamer la réquisition de bâtiments vides en réponse aux problèmes de mal-logement. Est-ce que dans ce cadre, Loppsi 2 vous inspire des craintes ?
Claude Charrier : Oui, et la grande question pour nous est de savoir quelle sera l’attitude du gouvernement sur les réquisitions (je préfère employer ce terme à la place de « squats ») avec Loppsi 2. Va t’il ajouter un article qui viserait les occupants de bâtiments réquisitionnés ? On voit de plus en plus de logements libres. Des logements vides de tout occupant, des logements qui appartiennent à l’Etat, aux communes, aux sociétés privées, on voit beaucoup de friches industrielles aussi. Quand on parle de venir en aide aux sans abri, nous pensons que c’est plus intelligent de réquisitionner des logements vides : c’est moins cher que d’ouvrir des places en structures ou de payer des chambres d’hôtel.
Le Canard Social : Au fond, pourquoi défendez-vous la logique de réquisition ?
Claude Charrier : Juste après la guerre, avec la pénurie de logements, l’idée de la loi de réquisition de 1945 était de dire : on réquisitionne des logements vides pendant un certain temps pour faire face à la crise. Aujourd’hui, on voit les budgets du logement social qui fondent au soleil et en même temps, on laisse des logements rester libre de toute occupation. Tout cela favorise les loyers chers. Pour moi, cette situation est intentionnelle, c’est voulu. Les grandes banques, les assureurs, l’Etat, les communes laissent des bâtiments vides pendant plusieurs années, 4 ou 5 ans, avant que des projets n’aboutissent… Ce n’est pas normal. Qu’on arrête de dire que tout va bien en France alors qu’il y a de plus en plus de personnes sur les trottoirs. Et puis, avec la crise économique, beaucoup de personnes ont du mal à payer les fournitures de fluides (eau, gaz, électricité…). Les Conseils généraux sont envahis par les demandes FSL, c’est significatif. Il n’y a jamais eu autant d’expulsions pour impayés que cet automne. Qu’on arrête d’assassiner les gens ! Il existe des services de l’Etat qui connaissent le parc immobilier inoccupé et à même d’accueillir des gens. Donc, il est possible pour l’Etat, s’il en a la volonté, de réagir rapidement pour des réquisitions. En cas de catastrophe naturelle, les préfets sont à même de réquisitionner des bâtiments, des logements inoccupés. Ils les connaissent très bien, ils savent où les trouver en cas de besoin.
Le Canard Social : Du coup, vous assumez en tant qu’organisation d’être dans la réquisition de fait avec les « ouvertures » de squats ?
Claude Charrier : Pour nous, c’est légal. On n’agit pas dans l’illégalité parce qu’il existe une loi qui n’est pas appliquée. Puisqu’on ne donne pas aux préfets la possibilité de le faire, les citoyens doivent le faire d’eux mêmes. Et ça n’est pas prêt de s’arrêter tant que l’Etat n’investira pas plus dans le logement social et le logement très social. On rénove des quartiers entiers dans les grandes villes, mais on augmente aussi les prix des loyers, et ça on oublie de le dire… alors qu’on sait très bien que le pouvoir d’achat des ménages a baissé. Alors oui, régulièrement des personnes mal logées ou sans abri investissent des lieux vides. Et malheureusement, ça continuera tant qu’il n’y aura pas de réponses à la hauteur de besoins.
Le Canard Social : Les élus et les pouvoirs publics évoquent régulièrement des conditions sanitaires et de sécurité déplorables pour les occupants de squats. Vous leur répondez quoi ?
Claude Charrier : Ils me reparleront des conditions d’hygiène et de sécurité après avoir vécu à la rue quelques mois ! Par exemple, trouver un endroit pour faire ses besoins, c’est difficile et c’est la triste réalité. Avec l’hygiène, c’est toujours des plans abominables : il faut faire la queue un temps fou pour accéder à une structure qui propose une douche et un lavabo, ou alors il faut ruser en allant à une piscine municipale pour utiliser discrètement les sanitaires… Et puis, on ne le dit jamais assez : être SDF ou sans abri, c’est un « métier » à plein temps. Trouver un endroit où dormir, ça prend du temps. Trouver à manger, ça prend du temps. Les démarches, ça prend du temps. Après on s’étonne que les gens consomment de l’alcool, mais c’est le « meilleur » des somnifères qui est en vente libre. Je connais des femmes par exemple qui ont un emploi et vivent dans leur voiture avec des enfants : on ne peut pas tenir longtemps dans ces conditions. On en vient vite à perdre son boulot et les difficultés s’enchaînent. Alors, les conditions de vie déplorables, elles concernent d’abord la vie dans la rue.
Le Canard Social : Vous et les militants de Droit au logement, vous intervenez comment auprès des mal-logés ?
Claude Charrier : Souvent, nous allons dans les tribunaux pour soutenir des familles menacées d’expulsion. Quand les gens comparent, quand ils se présentent au tribunal, le juge est clément. Par contre, certaines familles ont tellement honte, parce qu’elles ont été dévalorisées, qu’elles n’osent pas se présenter. Et là, la sanction est immédiate, le juge est ferme, il condamne souvent. Et les expulsions, ça fait des ravages surtout chez les enfants : ce sont des souvenirs et des sentiments liés à une maison ou un appartement qui disparaissent subitement. C’est inadmissible qu’un pays riche comme la France se permette ce genre de choses. Moi, je demande à Benoît Apparu (le Secrétaire d’Etat au Logement, NDLR) de venir voir ce qui se passe réellement sur le terrain.
Le Canard Social : Constatez-vous une évolution des profils de publics que vous côtoyez ?
Claude Charrier : Le pire, ce sont les cadres qui arrivent au chômage. Ils vivent largement au dessus de leurs moyens alors, dès qu’arrive un licenciement, les banques ferment le robinet. Et ça engendre vite des dettes faramineuses qui aboutissent souvent à des divorces. Les cadres ne sont pas habitués à vivre chichement et la spirale va d’autant plus vite parce qu’ils tombent de haut. On le constate malheureusement au DAL, des gens qui se croyaient à l’abri sont confrontés à des gros problèmes de logement et de précarité.
- Propos recueillis par Frédéric Lossent (lecanardsocial.com)









