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Ces sans-toit qui dorment dans leur voiture

Ces sans-toit qui dorment dans leur voiture.

L’hiver a pointé son nez froid. Pour nous, il est désagréable, pour les précaires, il est l’ennemi. Il y a ceux qui squattent ou ont trouvé refuge dans un petit chalet ou un cabanon. Plus démunis, encore, il y a les gens à la rue. Et à une portière du trottoir, Guy à Wasquehal et Cathy (1) à Comines dorment dans leurs voitures.

Guy Gaillard est un retraité comme tant d’autres. Il a 68 ans et habitait Wasquehal, avant que sa vie ne s’écroule. D’ailleurs, il y « habite » toujours. Mais dans sa voiture... Une rupture avec sa compagne, il y a un an, et tout s’est enclenché. Il prend un appartement avec leur fille. Il touche une retraite et a hérité d’une somme d’argent au décès de ses parents. Tout aurait pu s’arrêter là. Mais au bout de quelques mois, il se rend compte que sa fille a dilapidé son argent. Alors il s’installe dans une petite pension, pas trop chère, le temps de s’organiser.

Cet ancien chauffeur routier ne roule pas sur l’or, certes, mais il n’est pas sans ressources. Hélas, rien ne va se passer comme il l’espérait. Il contacte le CCAS de sa ville, mais se perd rapidement dans les multiples démarches et les dossiers qu’on lui demande de remplir. Il cherche également un logement auprès du PACT métropole. Sans résultat. Et en mai, il se retrouve sans toit, contraint de dormir dans sa voiture. La misère est moins pénible au soleil... Mais il y est toujours, alors que le froid arrive, que sa santé n’est guère brillante et que son moral est au plus bas.

Guy a travaillé toute sa vie. Il a du mal à comprendre ce qu’il a fait pour en arriver là. Parfois même il a un peu honte, et les larmes coulent sur son visage. « J’ai travaillé pendant quarante ans, j’ai servi mon pays en Algérie pendant quarante-cinq mois, et regardez où j’en suis. Je ne suis pas un chien... »

La galerie marchande pour se réchauffer.
Il avait espéré un moment trouver un toit dans un foyer-logement de sa commune. Mais lorsque le dossier a été bouclé, on lui a fait savoir qu’il n’avait pas les ressources suffisantes, et conseillé d’aller voir là où c’était moins cher. « Il faut tout recommencer... Je n’en peux plus de toutes ces démarches. »

Alors Guy dort dans sa voiture sur un parking, fait ses ablutions dans les toilettes du cimetière, et se promène dans les galeries marchandes la journée pour se réchauffer...

« Il commence à faire froid la nuit, alors je mets le chauffage de la voiture. Mais j’ai de plus en plus de mal à fermer l’oeil. Quand je pense que mes meubles et ma télé m’attendent, entreposés chez des connaissances... » « La voiture, c’est ce qui reste quand on n’a plus rien », s’indigne Philippe Deltombe, président régional du DAL (association Droit au logement). « Il y a dans la région 140 000 demandes de logement social insatisfaites. En plus, les villes préfèrent faire construire des logements sociaux haut de gamme, à 650 - 700€ le loyer pour un F3. Alors oui, ces cas de détresse se multiplient : des gens qui dorment dans leur voiture, un cabanon, un squat... L’an dernier, raconte-t-il, on s’est par exemple occupé d’une famille expulsée qui s’est retrouvée à dormir dans une tente. »

Et la loi DALO (droit au logement opposable) ? « Ça prend au moins six mois avant qu’une proposition de logement ne tombe. Entre-temps, les gens peuvent descendre très bas. » Cathy, elle, vient seulement de recevoir son numéro d’enregistrement attestant de sa demande d’un logement social. Or elle attend très impatiemment un toit.

Depuis fin août, cette mère de famille dort dans sa voiture à Comines, non loin de Tourcoing. « Je me suis séparée de mon compagnon en septembre 2009. Au début, j’ai vécu chez ma fille, mais je ne m’entendais pas bien avec son mari, je sentais que je dérangeais. Alors je suis partie. »

À la rue. Enfin, non, dans son véhicule. Jamais à vue. « Je ne veux pas que ça se sache. » Et jamais pour un profond sommeil. « Une femme seule, la nuit ; je ne dors que d’une oreille. » Pour l’instant, elle n’a pas eu trop froid, mais elle appréhende l’hiver : « J’ai commencé à regarder pour une nouvelle couette. » Que Cathy peut se payer, elle travaille épisodiquement à mi-temps comme aide-soignante en hôpital. « Mais pour un logement, ça ne marche pas. Les propriétaires privés veulent des salaires fixes. »

Elle est une battante. « Je suis une SDF, mais je ne veux pas devenir une clocharde. Aujourd’hui, je me lave chez des amies. » L’une d’elles : « Ça ne me dérangerait pas qu’elle dorme chez moi, mais alors elle n’aurait jamais de logement. » « Le soir, je regarde la télé chez elle et après, je rentre me coucher. » Sur la banquette arrière.

  • Martine Dieudonné et Laurent Decotte (lavoixdunord.fr)
  • (1.) Cathy n’est pas son prénom. Elle ne voulait pas être reconnue au travail.

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